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L'esthétique du droitle droit de l'esthétique

Auteur prolifique, voyageur infatigable, curieux comme pas deux, le célèbre avocat livre ici ses impressions sur deux domaines dont il associe la vocation. Une analyse surprenante, lyrique et documentée.

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« En composant la Chartreuse, pour prendre le ton, je lisais chaque matin deux ou trois pages du Code civil », écrivait Stendhal à Balzac.

Le droit, pratiqué de manière esthétique – donc éthique – répond à une construction intellectuelle raffinée, dont le meilleur reflet reste évidemment l'éloquence. De magnifiques joutes sont consacrées à cet art, dont la célèbre conférence Berryer au Palais de justice de Paris qui a vu défiler ceux qui rarement s'expriment mezza-voce : les ténors.

L'APPARAT
Mais l'esthétique du droit n'est pas seulement portée par l'éloquence. L'apparat en est un autre reflet.
Déjà, l'architecture de ces bâtiments pourtant laïques reflète une certaine ferveur, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, ce qui explique au passage la répugnance des magistrats à quitter leur palais pour quelconque construction fonctionnelle. Et bien sûr, s'offre au regard des justiciables le tableau bariolé des gens de robe : toques, chapes et chaperons ; cravates de batiste plissée, robes, toges et épitoges ; ceintures à franges, liserés et galons d'or ou d'argent ; revers, collets et bas des manches garnis de soie ; écharpes et autres décorations honorifiques, le tout alternant… le rouge et le noir. Au confluent de l'éloquence et des étoffes, on retrouve les effets de manche, qui, par de savants mouvements virevoltants, stimulent les émouvantes modulations.

SOLENNITÉ ET ÉLÉGANCE
La solennité élève le débat. L'esthétique froide du droit est un rempart qui protège le donjon du haut duquel il s'exerce. La justice est désirable, mais elle reste suffisamment inaccessible pour éviter le viol.
L'élégance, pour sa part, régit l'art du raisonnement. L'interprétation et l'application du droit relèvent d'un subtil équilibre entre les lignes de crêtes souvent antagonistes qui opposent libertés individuelles et liberté publique. Pour être convaincante, une construction se doit d'être belle. Toute dérogeance à ce canon la rend suspecte, impure.
L'élégance du locuteur se juge à la souplesse de son raisonnement, qui ne saurait obéir à quelconque médiocrité.
Ainsi paré de sa robe, l'homme de loi se protège des remugles de la société, tout en tenant une certaine distance avec ses clients.

PROTECTION SANITAIRE
Symétriquement, revêtu de sa tenue d'hôpital, le chirurgien éloigne les microbes et tient ses patients à distance.
Les deux vocations peuvent se réclamer de l'art – nombre de magistrats et de médecins conduisent parallèlement des carrières artistiques – mais aussi de la science. Le chirurgien esthétique a le geste élégant. Il voit en son patient une œuvre de renaissance. Il s'efface dans son travail. Il ne signe pas sa cathédrale. Ce n'est pas pour autant qu'il n'est pas assigné… en justice.

NOMBREUX PROBLÈMES JURIDIQUES
En effet, la chirurgie plastique est un domaine très particulier qui soulève de nombreux problèmes juridiques.
Au départ, le chirurgien est tenu à une obligation de moyens, et non pas de résultat. Les actes de première nécessité (la chirurgie réparatrice) « sauvent les meubles », à la satisfaction de la grande majorité des patients.
La chirurgie esthétique pose en revanche le conflit potentiel entre d'une part l'attente du/de la patient(e) et d'autre part le résultat final de l'intervention à laquelle il/elle a souscrit. « Puis-je vous aider ? », demande le praticien, ému par telle détresse. « Dessine-moi un médaillon ! », exige, ingénue, la patiente mue par le stress.
S'ensuit une ronde de précautions oratoires dont s'entoure le praticien, soucieux d'aider (et de conserver) sa cliente, mais conscient des limites de son champ d'action. La conversation est évidemment épineuse car en dépend la décision ou la défection.

FANTASMES À PROSCRIRE, PAS À PRESCRIRE !
De leur côté, les patient(e)s élaborent des fantasmes, se projetant dans des modèles de magazines, éludant bien soigneusement ce que leur cas peut en réalité devenir. Et au final, les patient(e)s s'imaginent que le résultat est garanti, comme si la transformation projetée était évaluable scientifiquement. D'où la tentation d'une plainte.
Pour le moment, en France, les tribunaux ne sont pas débordés par ce genre de contentieux car le fait d'avoir recours à la chirurgie esthétique procure encore une sorte de sentiment de culpabilité. Très peu de gens assument leur décision et préfèrent donc rester discrets jusqu'au bout. Mais les mentalités changent et, sans pour autant rejoindre le raz-de-marée américain, les plaintes sont de moins en moins rares.

RÉINCARNATION OU CORRECTION ?
Un comique, crachant au visage de deux chirurgiens sur le plateau de Fogiel (FR3), ne s'était certes pas complu dans la discrétion. Il les accusait d'avoir « raté » sa compagne, reflétant ainsi une autre réalité : l'intervention du/de la conjoint(e) dans les décisions qui relèvent pourtant du domaine totalement privé. Le célèbre homme de scène s'était apparemment attendu à une réincarnation plutôt qu'à une correction. En correctionnelle justement, il a été condamné pour diffamation.
La femme-objet embarrasse de plus en plus les praticiens. Monsieur paye, donc monsieur décide. Sans parler des femmes voilées qui n'ont tout simplement pas droit à la parole dans le cabinet de consultations.
Curieusement, le tatouage fait son apparition dans les tribunaux. Cette dame a amené son modèle au chirurgien, et a été pleinement satisfaite du résultat. Mais peu après, elle découvre sur Internet que le praticien a mis son tatouage comme modèle en ligne (étant entendu qu'elle-même n'est pas identifiable). Elle voulait porter plainte, mais je l'en ai dissuadée car, même si elle pouvait prouver qu'elle était l'auteur de ce dessin, elle ne pouvait se réclamer d'aucun droit en la matière.

TRANSSEXUALISME
Il existe des brevets, en revanche, sur des cas de transsexualisme, domaine qui associe la chirurgie plastique, l'andrologie, l'endocrinologie et la psychologie. Ce domaine passionnant suscite une extraordinaire inventivité en matière de composants et de prothèses. Une découverte dans le domaine de l'aérospatial peut tout à fait entraîner une application pour la vaginoplastie ou la phaloplastie ! Dans ce domaine, la jurisprudence impose un suivi psychiatrique tout au long du processus, mais un vide est à regretter pour le suivi post-opératoire, au moment où précisément, le sujet doit s'imprégner de nouveaux comportements. En cas de réussite, il faut en tout cas passer par la case judiciaire : le chirurgien doit fournir un rapport post-opératoire au tribunal chargé de modifier l'état civil.

LA JUSTICE, FACTEUR SÉCURISANT
Certaines plaintes concernent des gestes de la part du praticien considérés comme déplacés sur une patiente. Je recommande évidemment, pour éviter toute ambiguïté, qu'un ou une assistante évolue dans l'environnement du cabinet au cours de la consultation. La possibilité d'un recours en justice constitue un facteur très sécurisant pour les patient(e)s. À cet égard, je déconseille absolument le tourisme chirurgical qui, certes, permet d'avoir des promesses plus mirifiques les unes que les autres à prix bradés, mais qui interdit tout recours en cas de pépin.
Assumant de plus en plus leur volonté de s'adresser à la chirurgie plastique, les intéressé(e)s hésitent de moins en moins à d'adresser subséquemment aux tribunaux. Même si les chirurgiens sont en général dédouanés par la justice, ils en gardent malgré tout de profonds stigmates, fussent-ils psychologiques (personne ne souhaite voir ternir sa réputation auprès du public et auprès des confrères).
Je reviens donc à la conversation épineuse évoquée plus haut. Faites davantage confiance à un praticien qui se montre raisonnable dans son approche déontologique qu'à un beau parleur qui s'intéresse à son succès plutôt qu'au vôtre. 
© TEAM Surgery
ISSN : 2118-4941 - Tous droits réservés SAS ORNORM
Auteur : Me Emmanuel PIERRAT
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